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Pourquoi la Banque du Canada ne baisse-t-elle pas plus rapidement son taux directeur?


L’éternelle question. La réponse clichée toujours trop facile : ‘tout dépend de la situation de l’emprunteur’.

En fait, la réponse simple est en deux parties : 

  1. Si l’emprunteur a une aversion au risque, ou il ne veut pas se soucier de voir ses paiements fluctués, ou de recevoir des notifications périodiques (portion du paiement hypothécaire sur le capital fluctue), alors le choix est un taux fixe de 5 ans.  C’est le choix primé des premiers acheteurs qui sont à leur premier terme hypothécaire, et le choix des emprunteurs expérimentés qui ne veulent aucun tracas (dans 71% des cas);  
  2. Si l’emprunteur est expérimenté,  il comprend la réalité des changements économiques sur les taux d’intérêts à court terme, ou il prévoit faire des remboursements anticipés fréquents et significatifs au cours des prochaines années, et que l’emprunteur a la capacité budgétaire d’absorber le risque de fluctuations de taux d’intérêt, alors l’hypothèque à taux variables fait partie de sa stratégie.

Mais encore, pour l’emprunteur expérimenté, comment s’y retrouver, et quand agir? En fait, à vouloir battre le marché pour obtenir le plus bas taux dans une fenêtre de temps précise, en général vous ne réussirez pas. Pire, vous manquerez la fenêtre d’opportunité, et votre stratégie vous coûtera plus chère en bout de piste.

En revanche, une stratégie basée sur la compréhension des fondements économiques et ses tendances économiques de court à moyen terme peut vous faire épargner.  Le contexte économique dicte les taux d’intérêt, ainsi le passé n’est pas garant de l’avenir, et l’avenir est tributaire des surprises économiques et géopolitiques.  Dans le contexte de l’ère 2020-2027, le conseil général du choix d’un taux hypothécaire variable s’explique si le taux fermé de 5 ans fixe est supérieur à 3,85%.  Et pourquoi?

Comprendre les tendances

Il faut analyser et comprendre les tendances lourdes des mouvements économiques, car ceux-ci ont dicté la fluctuation des taux d’intérêt dans des contextes économiques et géopolitiques différents:

  • Période 1970-1982 : la crise pétrolière a amèné une inflation record et ainsi des taux d’intérêt record provocant la longue et douloureuse récession de 1981-82; 
  • Période 1982-1990 : La reprise a été graduelle, mais l’expansion s’est raffermie une fois la confiance rétablie grâce à des réductions de taux drastiques.  Cela crée à la fin des années ’80 une expansion insoutenable;
  • Période 1990-2000 : l’euphorie généralisée a fait bondir l’inflation au-dessus de 6%.  En 1991, la Banque du Canada a implanté sa vocation de maintenir sa fourchette cible d’inflation. La récession de 1990-91 fait mal, faisant encore une fois perdre confiance aux consommateurs, surtout dans le secteur immobilier.  Il a fallu compter près de 7 ans avant que les prix des maisons retournent au prix des années 1989-1990. En conjugaison avec une politique monétaire axée sur une inflation contenue, l’avènement des ordinateurs dans les entreprises et les foyers, ainsi que la croissance continue des échanges commerciaux internationaux réduisent le taux d’inflation d’année en année.  On parle de plus en plus de la future vertu de la globalisation.  
  • 2001-2008 : la globalisation a pris son envol, réduisant les coût des produits offerts.  Les intrants informatiques sont devenus plus efficaces et moins dispendieux : le taux d’inflation a continué sa tendance baissière jusqu’en 1999.  En 2001, l’évènement géopolitique du 11 septembre a changé à jamais la politique internationale et a cancellé drastiquement la tendance de hausses de taux d’intérêt de 1999-2000 pour décélérer une menace d’inflation: ainsi la Banque du Canada suit les USA et a baissé son taux directeur à un niveau record historique. Le stimuli sans précèdent de la politique monétaire a créé un essor économique effervescent… qui hors contrôle et sans règle établie, a amené la crise financière de 2008
  • Période 2009-2019 : pour sortir de la crise financière, les taux des banques centrales ont diminué leurs taux directeurs respectifs à ‘zéro’.  La globalisation battait son plein et gardait le taux d’inflation structurel très bas.  Les banques centrales sont prisonnières d’une trappe de liquidité, les taux ne pouvaient augmenter pour rétablir une politique monétaire efficace sans affecter l’économie ou, pour parier à des risques économiques ou géopolitiques encore très frais en mémoire. La Banque du Canada a réussi à augmenter son taux directeur à 1,5% quand un certain virus vient affecter l’économie mondiale

Notre période de référence : 2020-27

En mars 2020, la Banque du Canada voit l’économie chuter dû à la pandémie (COVID-19) qui a fermé l’écoutille économique et sociale.  Elle a abaissé les taux à des niveaux comparables à 2008.  Ces taux bas sont maintenus en 2020-21 pour stimuler l’économie et activer la consommation des ménages. En 2022, les ménages sont sortis et ils ont consommé comme jamais, stimulés par les bas taux d’intérêts et des épargnes bien garnies.  Mais les chaînes d’approvisionnement n’étaient pas prêtes et ne pouvaient fournir la demande, car les inventaires ont tous été vidés : l’inflation a surgi rapidement et fortement. La Banque du Canada se devait de contrer l’inflation persistante : elle a maintenu la cadence à la hausse du taux directeur jusqu’au niveau le plus haut en 23 ans en fin d’année 2023. La Banque du Canada a continué avec sa politique monétaire restrictive pour ramener l’inflation à l’objectif de 2 %. Depuis, l‘inflation a diminué pour se diriger vers la fourchette des 2-3%, permettant une baisse graduelle de taux d’intérêt de 200bps en moins de 18 mois.  En 2025, le nouveau Président Américain déclare la guerre commerciale au Reste du Monde : les craintes de récession et de stagflation gagnent du terrain, les taux de chômage augmentent, les gouvernements ont des dettes significatives accumulées, l’économie occidentale a des problèmes critiques de productivité… et l’inflation menace d’augmenter dus à la surenchère des tarifs internationaux.  Dans cette nouvelle ère, la Banque du Canada ne peut se retrouver dans une trappe de liquidité si son taux directeur diminue plus bas que 2%.  La Banque du Canada tentera le plus possible de maintenir son taux directeur à 2,25%- 2,75% (donc taux préférentiel dans la fourchette 4,5%-5%), en se devant de supporter la stimulation économique sans pour autant créer une inflation incontrôlée.  Également, nous verrons des primes de risque pour les taux de plus long terme (dû à une offre de nouvelles d’obligations vendues sur le marché qui demandera des rendements plus élevés dans ce contexte économique), et des taux de court de court terme dans la fourchette des années 2018-2023 pour les trois prochaines années.

La nouvelle ère présentera une volatilité historique jamais vu.  La redéfinition de l’échiquier économique mondial entre les US et la Chine, les tensions géopolitiques et les guerres, la guerre économique américaine par son plan impérialiste de mondialisation, les dettes publiques non-gérées de la majorité du G-7, les dévaluations des cotes de crédit au Canada et en Amérique du Nord, etc… amèneront de l’instabilité sur les marchés.  Cela inévitablement amènera une prime de risque de la part des investisseurs : la vélocité des capitaux est proportionnelle à la prime de risque aux risques.  On s’attend à ce que la Banque du Canada soit très prudente, recherchant la stabilité domestique dans ce monde international instable.  

Tableau :  prévisions de la tendance des taux hypothécaires actualisées (volatilité de 25bps pour le Taux 5 ans):

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